CINE EN ESPAGNOL

"Medianeras" de Gustavo Tarreto (Argentine)

"Medianeras" : bourdon à Buenos Aires 

Malgré son nom, Buenos Aires, vaste cité située entre une plaine infinie et un fleuve dont on ne voit pas l'autre rive, manque d'air. Cette claustrophobie porteña nourrissait déjà L'Homme d'à côté, satire sociale de Mariano Cohn et Gaston Duprat, sortie il y a trois semaines.

On la retrouve à l'oeuvre dans ce Medianeras, comédie sentimentale. Dans deux immeubles sans âme du centre-ville, à quelques mètres l'un de l'autre, deux jeunes gens que le destin et le scénario ont promis l'un à l'autre, s'ignorent pendant une heure et demie. Mariana (la très belle Pilar López de Ayala) dispose des mannequins dans les vitrines de magasins branchés. Martin dessine des sites Internet depuis chez lui, ce qui lui permet d'éluder les conséquences de son agoraphobie. Elle fait une fixation sur les albums de Mais où est donc Charlie, il vit dans le souvenir de la femme qu'il a aimée et qui lui a laissé un caniche blanc.

En plans nettement découpés qui soulignent la brutalité de l'architecture et de l'urbanisme, commentés par une voix off qui respire le contentement d'avoir rassemblé toutes ces idées sur le mal de vivre du XXIe siècle, les deux solitaires traversent une année exotique pour les spectateurs français, puisque Noël y est en été. Jusqu'à ce qu'une conclusion prévisible fasse accéder Medianeras (qui se traduit en français par mur mitoyen, alors qu'il est surtout question des pignons aveugles qui défigurent le paysage de Buenos Aires) à la catégorie comique.

Thomas Sotinel / Le Monde / 31.05.2011

 

Où est l’amour ? Une comédie romantique 
à l’américaine transposée 
en Argentine, donc dotée 
d’un surcroît de trivialité. 
Mais le principe reste 
le même : deux célibataires 
de Buenos Aires, un garçon et une fille, se croisent constamment sans se voir. 
Ils cherchent partout l’âme 
sœur, ignorant qu’elle se trouve 
à deux pas. C’est croquignolet, ça ne mange pas de pain 
et c’est d’un ludisme extrême. Mais en dehors de l’étonnante introduction, qui fait presque croire à un documentaire 
sur les styles architecturaux 
de la ville, ça se complaît 
un peu dans le micro-anecdotique.

Vincent Ostria / L'humanité / 01.06.2011

 


 

Connaissez-vous Charlie, le personnage de BD aux grandes lunettes et au pull rayé rouge qui se cache dans la foule ? Le jeu consiste à le repérer, au fil des pages des albums, perdu dans des paysages surpeuplés. C'est agaçant mais addictif. D'où le désarroi de Mariana, l'héroïne de ce premier film. Accro aux bandes dessinées Où est Charlie ?, elle cherche fébrilement son Charlie à elle, dans une Buenos Aires immense et saturée. Mariana est perdue dans sa vie. Elle déprime et ­décore des vitrines de magasins au lieu d'exercer son vrai métier d'architecte.

Evidemment, son alter ego est sous ses yeux, mais caché derrière un de ces murs aveugles (medianeras) qui défigurent la ville. Lui aussi se cherche, agoraphobe bloqué derrière son ordinateur. Gustavo Taretto vient de la pub, il sait truffer ses images de symboles picturaux et pointe, à coups d'idées visuelles malicieuses, les défauts et les atouts de Buenos Aires. Mais, bizarrement, il se sent obligé d'ajouter un texte explicatif et banal, par exemple sur la difficulté de communiquer dans nos sociétés médiatiquement surdéveloppées... Dommage : cela empêche le charme de cette fable urbaine d'opérer totalement.

Anne Dessuant / Télérama / 04.06.2011